Protocole ATELIER ARP

Un protocole adopté par l’association ARPphilo-Ouest

Dans le paragraphe suivant j’exposerai ma propre façon d’instaurer et de « guider » un débat.

Voici les principes qui ont guidés l’élaboration du protocole au sein de l’association ARP-philo (Atelier de Recherche en Pédagogie-philo)1.Ces principes et ce protocole sont issus des pratiques lipmaniennes auxquelles ont été ajoutées des éléments des autres méthodes qui nous ont paru pertinents par rapport à nos objectifs ; ils ont été enrichis grâce à mes travaux de recherche et aux analyses de diverses expériences d’animation d’atelier au sein d’un groupe de formateurs.

Le fonctionnement d’un atelier ARP2

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Notre but est de progresser nous-mêmes et d’aider les autres, dont les jeunes qui nous sont confiés, à progresser en expression et en écoute authentiques, pour mieux grandir en humanité. La pratique de l’atelier-philo est notre option.

 

 

 

Dans cet atelier on essaie donc de penser, ici et maintenant, par et pour soi-même avec les autres en développant une attitude attentive, créative, et critique .

Le schéma et les principes ont prévalu dans de nombreux ateliers que nous avons animés. Ils n’ont pas valeur de normes définitives. Chaque animateur décide avec son groupe de la meilleure formule ici et maintenant. Nous en reparlons ensemble dans le groupe de réflexion ARP, pour pointer les obstacles récurrents et les éléments facilitateurs par rapport aux objectifs.

La préoccupation de Anne Lalanne3 et de Claire de Chessé concernant l’occurence philosophique des débats m’interpelle. L’enseignant a un rôle à y jouer si on veut que le débat s’élève petit à petit d’une simple discussion entre pairs.

On peut aller plus loin au niveau philosophique si on accompagne les enfants au niveau méthodologique. Et se serait là, à mon avis, le rôle de l’enseignant. En cela je ne partage pas l’opinion de Lévine4 sur le retrait total de l’enseignant. L’enseignant doit être un facilitateur de parole et être celui qui permet de mettre un nom sur les processus employés afin de les identifier, de les repérer et d’en généraliser l’emploi. C’est ainsi qu’on pourra développer des habiletés de pensée comme le préconisait Lipman.

Cependant favoriser l’émergence de la pensée de chacun par un tour de table sans interaction me semble pertinent pour démarrer ou finir une discussion, ce point du processus Lévine a été retenu.

Le protocole idéal serait rassurant au niveau du cadre, pouvant grâce à des variables (support, répartition des taches, utilisation du bâton de parole, …) s’adapter à l’animateur et aux participants ; la « méta-cognition » paraît indispensable dans le processus de construction de la pensée et serait systématiquement proposée en début et fin de séance. La métacognition est ici soit le retour réflexif en collectif sur l’activité qui s’est déroulée soit la projection sur l’activité qui va commencer.

Au sein de l’association ARP-philo, nous avons, après multiples essais et variantes, arrêté un fonctionnement de base le voici :

La trame de l’atelier philo ARP

Durée : la durée moyenne de l’atelier enfant est de 30 à 45 minutes selon l’âge et l’utilisation ou non d’un support ; pour l’atelier-adulte 1h30, on peut prolonger, le minimum nous semble être de 30 mn de débat proprement dit.

Nombre de participants : de 5 à 25, l’idéal semble être autour de 12

Public concerné : On peut philosopher à tous les âges de la vie. Le groupe peut être homogène en ce qui concerne l’âge, c’est souvent le cas en milieu scolaire, mais les expériences d’atelier inter-générationnel sont très riches.

  1. – L’animateur introduit rapidement la séance et établit un contrat avec le groupe. On décide qui fait quoi ? L’animateur est le garant du cadre choisi.
  2. Entrée dans le thème à l’aide d’un support (voir exemples ci-après). Le plus classique est la lecture partagéed’un extrait de roman. Ce support n’est pas analysé à fond, il n’est qu’un prétexte, un « lanceur » de la discussion
  3. – Silence de quelques minutes pour permettre à chacun de réfléchir à la question qu’il se pose et qu’il souhaiterait creuser avec les autres à partir de cette lecture..
  4. « Cueillette«  des questions et choix (à l’aide éventuellement d’un vote pondéré) d’une question porteuse pour le groupe, 10 mn.
  5. – Silence de quelques minutes pour que chacun puisse réfléchir sur la question choisie par le groupe.
  6. – Un tour de table : Tout le monde peut s’exprimer, à son tour, sans interaction ni débat à ce moment-là.
  7. – Débat (ou « délibération« , le but n’étant pas de gagner contre les autres). Chacun essaie de comprendre la position ou la question des autres, et de se faire comprendre. 30 mn minimum
  8. Fin de séance : dernier tour de table. Chacun dit, s’il le souhaite, où il en est arrivé sur la question (mais on ne reprend pas le débat) et s’exprime sur la séance ( rapport entre les modalités et l’avancée de la réflexion). Il peut suggérer des améliorations de fonctionnement et faire des propositions pour la suite. Il peut aussi s’exprimer sur son ressenti.

Pour bien marquer la clôture de la discussion philosophique je suis pour séparer dans ce dernier tour de table ce qui relève de la question débattue et de ce qui relève de la métacognition. Comme lors de la délibération, la participation est libre, on a toujours le choix de s’exprimer ou pas, on peut n’avoir rien à dire sur le fonctionnement ou préférer écouter.

La place et le rôle de chacun

Les participants

L’expérience nous a montré que dans un débat « libre« , seules 3 ou 4 personnes s’expriment, d’où notre option de proposer deux tours de table, l’un au début l’autre à la fin, pour que chacun sente bien qu’il a son espace de parole.

Chacun peut s’exprimer librement, il essaie d’être concis. Tous les participants doivent pouvoir parler. Ils attendent pour demander la parole que celui qui parle ait terminé, ce qui favorise l’écoute (pas de mains levées). On peut même laisser un petit temps de silence entre chaque intervention. On s’adresse à tout le groupe et pas à une personne en particulier Cependant il possible bien sur de s’appuyer sur la parole particulière d’un tel pour y apporter une précision qui réfute ou conforte l’argumentation.

En s’inspirant des pratiques de l’école coopérative (OCCE) et de qui est prôné par Michel Tozzi, il semble très intéressant de répartir des rôles afin de conforter différentes habiletés de pensée. Par exemple : distributeur de parole, observateur, secrétaire, …

L’animateur

Il est le garant du cadre qui a été établi au départ. C’est lui qui veille au climat de respect et de confiance. Il rappelle à l’ordre les participants en cas de besoin, permet à chacun de pouvoir s’exprimer.

L’animateur intervient (pas trop!) pour reformuler, demander des exemples, recentrer, renvoyer au groupe. S’il intervient comme participant, il précise que sa parole n’a pas de statut privilégié.

Son rôle va évoluer au fur et à mesure des séances. Il va petit à petit s’effacer pour laisser émerger les compétences des autres membres du groupe. Ainsi par exemple au départ c’est lui qui aidera et reformulera en majorité mais petit à petit il sollicitera l’aide des autres participants pour ces tâches. Favorisant ainsi l’émergence de la pensée attentive et le développement d’habiletés de pensée comme la reformulation ou la synthèse.

Les observateurs

La fonction de méta-cognition peut être facilitée par la mise en place d’observateurs qui ne participent pas au débat et se concentrent sur le fonctionnement du groupe quant à la progression de la pensée attentive, critique et créative. Ils s’expriment en fin de séance. De même l’animateur devrait avoir la parole à ce moment là ainsi que ceux qui ont eu une fonction particulière lors de la séance (cf les différents rôles de Michel Tozzi).

Le support

L’idée de Matthew Lipman était de démarrer la discussion à partir d’une question suscitée par la lecture d’un extrait de roman philosophique. Nous avons expérimenté avec succès différents autres supports. ( extraits d’autres romans ou de BD, albums de littérature jeunesse, contes, mythes, affiches, tableaux, extrait de films, …).

Le support peut être un rituel de démarrage. Il aussi est fédérateur. Il constitue la référence commune du groupe. La lecture partagée, en particulier, permet au groupe de se sentir groupe avant de commencer la discussion.

Des prolongements possibles

Un atelier ARP philo s’inscrit dans la durée, il faut prévoir plusieurs séances avec le même groupe ( minimum 8 et pas de maximum) c’est petit à petit que la confiance et l’écoute s’installent et au fur et à mesure des échanges que la pensée devient de plus en plus efficace.

En relation avec l’échange oral de l’atelier philosophique, des activités d’ateliers d’écriture ou des activités autour de l’art peuvent solliciter avec pertinence la pensée créatrice.

Un temps convivial (partage de repas ou goûter) ouvert (aux parents, aux autres enseignants, au personnel de la structure …) peut favoriser le lien de ces moments philo avec la vie quotidienne et le reste du monde.

1 Siège à Toulouse, antennes dans le Lot, en Vendée et en Algérie. Un groupe de réflexion méthodologique ARP se réunit une fois par mois, il est actuellement composé de M. Dagras, D. Dupin, ML Dupin, N. Fabre, F. Merlin-Godfroy, M-H. Potier, N. Talleux, D. Robert.

2 ARP : Atelier de Recherche Pédagogique–Philo ou ARP : Atelier de Réflexion Partagée

3 dans son livre « La philosophie à l’école, Une philosophie de l’école »

4 Jacques Lévine est le réfèrent du courant psychanalitique de la philosophie pour enfants

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